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Soutenance de thèse de Sélima Kebaïli

Le genre de la justice transitionnelle.
Les effets d’un label international sur des femmes (victimes) en Tunisie (2011-2018)

Vendredi 22 janvier 2021 à 9h à l’EHESS.
Le jury sera composé de :
Jocelyne DAKHLIA
, Directrice d’études à l’EHESS (co-directrice de thèse)
Éric GOBE, Directeur de recherche au CNRS
Liora ISRAËL, Directrice d’études à l’EHESS (co-directrice de thèse)
Sandrine LEFRANC, Chargée de recherche au CNRS (rapportrice)
Éléonore LÉPINARD, Professeure à l’Université de Lausanne (rapportrice)
Imed MELLITI, Professeur à l’Université de Tunis el-Manar
Richard RECHTMAN, Directeur d’études à l’EHESS
Résumé de la thèse :
Dans le contexte post-révolutionnaire tunisien, la justice transitionnelle, ensemble de dispositifs visant à pacifier et démocratiser des sociétés par la reconnaissance des victimes, a été le sujet de la mobilisation de divers groupes politiques. Des associations de femmes se sont notamment organisées pour mettre en lumière des types de répression spécifiques aux femmes en faisant usage de diverses figures victimaires, parfois antagonistes. L’inclusion des femmes au sein du processus a aussi fait l’objet de mesures institutionnelles qui se sont concrétisées par la création d’une sous-commission de vérité réservée aux femmes, ainsi que la mise en place d’une « approche genre » de la justice transitionnelle par des organisations internationales, parmi lesquelles l’ONU. La figure de femme victime de la dictature est appropriée par divers acteurs et cristallise les enjeux du processus. Alors que la justice transitionnelle est conçue par ses acteurs institutionnels et ses théoriciens comme un processus technique et neutre, cette thèse interroge les effets de politisation produits par la mise en place du processus. La plupart des recherches portant sur la justice transitionnelle ont adopté des perspectives institutionnelles et ont analysé le programme a posteriori. Cette recherche déplace l’analyse vers la réception de la justice transitionnelle par les acteurs locaux et leur socialisation à cette dernière. Au croisement de l’anthropologie du développement, de la sociologie des mouvements sociaux et de la sociologie du genre, cette thèse s’appuie sur l’observation ethnographique et sur des entretiens avec des acteurs internationaux et locaux de la justice transitionnelle et les femmes victimes. Elle comporte trois axes. D’une part, elle s’intéresse à la manière dont des femmes en viennent à déposer un dossier de victime auprès de la commission de vérité. D’autre part, elle explore les effets du soutien offert aux associations de femmes victimes par les organisations internationales, sur leurs identités collectives et leurs trajectoires militantes. Enfin, elle questionne les appropriations et valorisations différentielles des catégories victimaires et leurs impacts sur la construction des subjectivités politiques des victimes qui s’impliquent dans la justice transitionnelle.

Mots clés : mouvements sociaux, mobilisations de victimes, genre, révolution, justice transitionnelle, répression, mémoire collective, Tunisie.