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Thura Mathias

ATER à l’université de Nantes, EHESS
Membre de l’équipe ETT du CMH.

Autre affiliation : Centre nantais de sociologie
Discipline : sociologie

Adresse professionnelle :
Bâtiment : B. Étage : 2. Bureau : doctorants.
48 boulevard Jourdan
75014 Paris
0143136203

Adresse professionnelle secondaire :
ATER Université de Nantes, UFR STAPS

Sujet de thèse : « En avant ! » Sociologie de l’action militaire et de l’anticipation du combat. Un régiment en route pour l’Afghanistan
Directeur de thèse : Eric Brian

PRÉSENTATION - AXES DE RECHERCHE
DOMAINES D’INTERET
Mes intérêts de recherche portent plus particulièrement sur l’articulation des routines d’action, des structures sociales qui les produisent et des situations où elles sont mises en œuvre. Dans la lignée d’une praxéologie réflexive, je m’intéresse plus particulièrement aux manières dont des groupes sociaux font face à l’incertitude dans des activités dont ils se sont fait les spécialistes de la conduite (jusqu’ici les joueurs de matches d’improvisation théâtrale et les militaires).

À travers cette approche, je cherche à mettre en lien les institutions et les organisations avec les techniques, les instruments et les pratiques effectives de leurs membres pour anticiper, estimer, orienter et surtout orchestrer leurs conduites dans des situations généralement qualifiées d’urgentes, de risquées ou d’incertaines (traité à travers le cas des troupes d’improvisation théâtrale et des troupes de combat de l’infanterie).

Je construis actuellement un projet de recherche qui étend ce dispositif empirique à un ensemble plus vaste de groupes sociaux, les « professionnels de l’urgence » - tels que les urgentistes, secouristes, pompiers et militaires –, en articulant sociologie des professions, sociologie des savoirs et des techniques, et une sociologie des processus de socialisation et d’incorporation.

L’entrée par une ethnographie du travail organisé permet de documenter empiriquement comment ces groupes façonnent les corps et les esprits de leurs membres par l’intermédiaire d’une instrumentation et d’une orchestration leur permettant d’agir de concert sans nécessairement avoir à se concerter. De la sorte, on conçoit solidairement les cadres sociaux et les cadres cognitifs guidant l’activité ; et on produit une sociologie des techniques qui n’est pas ni totalement orientée par la question de l’efficacité ni totalement aveugle aux effets d’imposition et de reproduction de l’ordre social à travers la distribution des outils, des équipements et des machines dans les organisations.

THESE
Mon travail de thèse s’est constitué à la croisée d’une sociologie militaire et d’une ethnographie du travail organisé, afin de documenter le travail des soldats en compagnie de combat, mais aussi de comprendre comment s’opère la socialisation et l’anticipation du combat à-venir au travers de l’entraînement militaire.

Il s’inscrit dans la lignée des plus récents travaux en sociologie des militaires, nourris d’enquêtes aux longs cours au sein des unités, tels que les travaux de Christel Coton et ceux de Claude Weber. Ne se limitant pas à une stricte sociologie des professions, sa visée est de rendre compte de l’épaisseur de l’expérience des combattants et de différents modes de socialisations de ces derniers selon leurs grades. L’obtention d’un financement de la Délégation générale de l’armement m’a facilité l’accès au terrain et m’a permis d’ « embarquer » au sein d’une unité pour y mener des observations directes. J’apporte donc une grande attention aux opérations concrètes qui constituent le métier de soldat dans sa quotidienneté, afin de reconstruire les contextes d’actions de mes enquêtés à travers la division sociale du travail militaire.

À travers ce dispositif empirique original, j’essaie aussi de reconstruire le rapport entretenu à l’incertitude engagée dans l’action. Selon la place que les soldats combattants occupent dans la division sociale du travail militaire, je montre quels sont les différents modes de connaissance du "combat" et comment ses connaissances se réagencent par leurs confrontations et par l’expérimentation. J’ai ainsi reconstitué les différents cadres qui structurent les attentes et les motifs de croire que l’à-venir suivra un certain cours, et les différentes formes d’escompte nourries par les soldats quant à la guerre à laquelle ils se préparaient. L’analyse des activités d’instruction au combat, mais aussi des méthodes de "simulation" utilisées pour préparer les troupes et les "mettre en condition" (tournure qui en dit long sur la conception mécaniste du combat portée dans l’institution militaire) m’amène ainsi à mobiliser un large scope théorique, depuis les "techniques du corps" maussiennes jusqu’au récents travaux d’Aaron Cicourel et de l’action située.

Terrains et matériaux

Cette recherche s’est déroulée sur plusieurs sites d’observation, de mars 2011 à novembre 2012, principalement au sein d’une compagnie d’un régiment d’infanterie , mais aussi à l’École d’Application de l’Infanterie, au Centre de Doctrine et d’Emploi des Forces, et dans un régiment des forces spéciales. L’enquête a été conduite par observation directe et articule des enregistrements audio, photo et vidéo, complétés par des entretiens, ainsi que par une analyse statistique de l’enquête emploi de l’INSEE confrontée avec différentes bases de données récoltées en interne de l’Armée de terre. Enfin, une part de mon matériel repose sur la collecte des formes objectivées de l’activité militaire rencontrées sur le terrain : textes de doctrines, mémentos d’emploi, codes militaire, carnets de combat, etc.

Origines et visées du projet

Ce travail repose sur la prolongation de questionnements initialement abordés lors de ma recherche de master 2 sur la pratique amatrice des matches d’improvisation théâtrale. Ce déplacement de terrain n’a pas entraîné un déplacement de l’objet, puisqu’il s’agit dans les deux cas de saisir de manière raisonnée comment un groupe social particulier (les praticiens amateurs de l’improvisation ou les praticiens professionels du combat) se confrontent à une situation d’interaction structurellement incertaine. Pour dire vite, ils ne sont pas certain que tous les interactants soient engagés dans le même "jeu" ni sur la même "scène", soit parce qu’ils ne partagent pas "la même couleur de jeu" comme le disent les improvisateurs, soit parce qu’ils agissent en tacticiens cherchants à contourner les anticipations des parties adverses pour les militaires).

L’incertitude engagée dans l’interaction pose encore problème dans les différents courants sociologiques dominants et en théorie de l’action (structuralisme, actions situées, interactionnisme, praxéologie bourdieusienne, théorie des jeux) entre ce qui se passe en situation et ce que cette situation doit à des conditions sociales de possibilités qui lui sont structurelles. Mais c’est aussi, et avant tout, un problème pratique pour les agents/acteurs engagés dans l’action. Je propose donc d’aller voir de plus près et de prendre au sérieux comment ces derniers traitent de cette question dans leurs activités, afin de construire l’objet à partir de ces terrains qui ont l’intérêt heuristique de "sortir" les observations des interactions dites ordinaires (par naturalisation ou par construction).

« En avant ! » Sociologie de l’action militaire et de l’anticipation du combat

Résumé
Depuis la suspension du service national, l’armée n’est plus seulement le lieu d’encadrement systématique de la majorité d’une classe d’âge masculine. Elle se concentre désormais entièrement sur la production d’un bien particulier : des « capacités de combat » employées à travers le monde au nom de l’État français. Elle est l’administratrice des moyens militaires (à la fois de leur organisation et de leur mise en œuvre), ainsi que la responsable de l’entretien et de la transmission des techniques du combat aux soldats « professionnels ».

En quoi consiste le travail de ces soldats dans un régiment d’infanterie ? Que signifie concrètement s’entraîner ici et maintenant pour ailleurs et après ? À la croisée d’une sociologie du travail et d’une sociologie de l’action, cette thèse apporte des éclairages sur ces questions et explore l’institution militaire par le biais d’une ethnographie du travail quotidien de fantassins durant les quelques mois qui précédèrent leur déploiement en Afghanistan. L’investigation successive (1) des conditions de production de la sociologie militaire, (2) des cadres organisateurs du travail et de la vie quotidienne des soldats, (3) de l’instrumentation des soldats par l’inculcation par corps et par cœur des techniques militaires, et (4) des modes d’anticipation du combat, permet de lever le voile sur les conditions de possibilité du combat militaire et sur les dispositifs qui trament cette action collective particulière : celle d’administrer les moyens les plus radicaux du combat au nom de l’État. Il s’y forge une troupe manœuvrable, un collectif orchestré aux gestes et aux actes réglés.

Longtemps congédiés des objets de la sociologie, bien que toujours admis comme « faits sociaux », l’armée, la guerre et le combat servent ici de point d’appui pour l’élaboration d’une théorie sociologique de l’action qui engage solidairement les institutions et les individus confrontés à l’incertitude des phénomènes sociaux.

Summary
Since the military draft adjournment, the army is no longer an institution which only occupies youth males during a few months. French Army’s focus is now on the production of a specific good : “combat capacity” used around the world in the name of French State. The Army is the administrator of this military means (both their organization and their application), as well as the responsible institution of the maintaining and the transmission of military techniques to these “professional” soldiers.

What is the work of a soldier in an infantry regiment ? What being trained here and now for elsewhere and after means concretely ? Crossing sociology of work and praxeology, this thesis sheds light on these questions and explores through ethnography the military job of infantrymen a few months before their departure to Afghanistan. The successive inquiries of (1) the conditions of production of military sociology, (2) the organizing frames of soldiers’ work and everyday life, (3) the soldiers’ instrumentation by the embodiment of the military techniques, and (4) the different methods used to anticipate the combat, enable to unveil the conditions of possibility of military combat and the dispositive which weave this particular collective action : the administration of the most radical means of fighting in the name of a state. A maneuverable troupe is forged by this institution, an orchestrate collective with adjusted gestures and acts.

Even if they have always been conceded as “social facts”, the army, the war and the combat have been ousted from the sociology objects for a long time. They are used here as bearings for the elaboration of a sociologic praxeology in which both the institutions and the individuals confronted with the uncertainty of social phenomena are enrolled.

PUBLICATIONS
Thura Mathias, 2014, « "Dépêchez-vous d’attendre !" Travail militaire et socialisation au combat », Terrain, n°63, 54-71. (site web lié)

Thura Mathias, 2014, « François Buton, André Loez, Nicolas Mariot, Philippe Olivera (dir.), « L’ordinaire de la guerre » », Agone, n°53. (site web lié)

Thura Mathias, 2013, « La condition de soldat », Revue Internationale et Stratégique, IRIS, n°92. (site web lié)

Trenvouez Arnaud, Thura Mathias, 2013, « L’improvisation théâtrale en formation pour adulte. », Education permanente, vol. 194. (site web lié)

Thura Mathias, 2012, « Claude Weber, A genou les hommes, Debout les officiers. La socialisation des Saint-Cyriens » », Liens Socio - Lectures. (site web lié)

Thura Mathias, 2012, « Une Réévaluation de la Métaphore Théâtrale Chez Goffman », Revue de Synthèse, Springer, vol. 133, n°4, 565-596. (site web lié)

COMMUNICATIONS
Thura Mathias, 2014, « Le rapport des soldats à leur travail : l’ethnographie au service d’une sociologie du métier de militaire », Rencontres annuelles d’ethnographie de l’EHESS, EHESS, 7 novembre 2014.

Thura Mathias, 2014, « Récuser l’opposition insider/outsider. Du dispositif de financement à l’enquête dans une institution réputée close : cas d’une ethnographie en section de combat d’infanterie. », L’observation participante, défis et opportunités du chercheur acteur de son objet. 6ème journées d’études de l’AJPB, Sciences Po Bordeaux, Copernic et Merle, 20-21 mars 2014. (site web lié)

Thura Mathias, 2013, « Comment la mort saisit le vif. Cas d’une compagnie de combat de l’infanterie », La mort dans les armées, Ecole militaire, 31 janvier 2013.

Thura Mathias, 2013, « Déni de classe dans l’armée de Terre ? Retrouver la classe derrière le grade », Colloque du CMH, Où [en] sont les classes sociales ?, ENS Jourdan, 24 avril 2013.

Thura Mathias, 2013, « Le sociologue sur le terrain des militaires : pot de terre contre pot de fer ? », Séminaire de la formation doctorale Sciences de la Société, Paris, 9 décembre 2013.

Thura Mathias, 2012, « Incertitude, division du travail et action située : le traitement de l’incertitude tactique dans une compagnie d’infanterie », Congrès de l’AISLF, Rabat.

Thura Mathias, 2012, « Preparing the mission and coping with uncertainty in the French Infantry », Biennal de l’EASA, Nanterre.

Thura Mathias, 2011, « Mise en mots et mémoire collective chez les joueurs de matches d’improvisation : informer les performances à-venir par les performances passées. », Apprentissage et Sensorialité, MSH Paris Nord, 30 juin 2011.

MÉMOIRES
Thura Mathias, 2009, « Agir dans l’incertain : les dispositifs sociaux et les techniques pour appréhender une situation d’incertitude », mémoire de Master sous la direction de Eric Brian.

ATER temps plein en sociologie à l’UFR STAPS de l’université de Nantes (2014-2015)

TD L1 d’introduction à la sociologie [1] (sous la responsabilité de Gildas Loirand)

TD L2 histoire et institutions sportives (sous la responsabilité de Gildas Loirand)

TD L1 introduction à la sociologie [2] (sous la responsabilité de Baptiste Viaud)

TD L3 Métiers du Sport : Sociologie des métiers et des mondes associatifs sportifs (sous la responsabilité de Baptiste Viaud)

Chargé de TD d’introduction à la sociologie, L1 SESS à l’UPEC (2010-2013)

TD L1 introduction à la sociologie : les précurseurs (sous la responsabilité de François Sarfati)

TD L1 introduction à la sociologie : Durkheim, Weber et textes récents (sous la responsabilité de Scarlett Salman)

Encadrement du stage de terrain d’initiation aux méthodes ethnographiques, Dauphine-ENS à destination d’étudiants de L3, M1 et M2, sous la direction de Choukri Hmed et Céline Bessière, janvier 2013.