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Accueil > Activités scientifiques > Activités scientifiques antérieures > Soutenances de thèses 2019

Soutenance de thèse de Vincent Burckel

La classe populaire n’est pas morte. Enquête sur une « famille sociale » en lutte dans une petite ville de l’ancienne Moselle du fer (2008-2018)

3 juillet 2019
Sous la direction de Marnix Dressen et de Stéphane Beaud
Résumé
Cette thèse s’appuie sur une enquête ethnographique menée pendant plusieurs années à Hagoncourt, une petite ville de Lorraine marquée par l’industrie du fer. Elle a pour objet l’histoire sociale de sa « classe populaire », c’est-à-dire d’un ensemble social localement situé rassemblant des individus socialement dominés, issus pour la plupart de familles ouvrières. Du XIXe siècle, jusqu’au milieu des années 1970, à Hagoncourt, l’usine sidérurgique et la mine de fer assurent à la ville et à sa population une prospérité relative, visible aussi bien dans ses cités bien tenues que dans ses nombreux commerces. La fermeture de l’usine puis de la mine, précipite la majorité des Hagoncourtois dans une crise économique et sociale sans précédent : plus que jamais, le chômage et la précarité touchent ou menacent tous les membres de l’ancienne « classe ouvrière ». Après quarante ans de politiques néo-libérales, de reflux du paternalisme aussi bien que du « communisme populaire » et de l’« insubordination ouvrière », ou encore d’oppositions internes exacerbées, le « peuple d’Hagoncourt » semble marqué par une sorte de désespérance à la fois sociale et politique, dont l’abstention aux élections est un indicateur sûr. Cependant, de la « génération du fer » (les « vieux ») à la « génération de la crise » (« les jeunes »), on retrouve une énergie sociale qui laisse penser que la classe populaire d’Hagoncourt est bien toujours en vie socialement. Depuis la crise financière et économique de 2007-2008, les membres de la classe populaire d’Hagoncourt, située dans la vallée de l’Orne-Fensch (où se trouve Hagoncourt) se sont distinguées dans leur luttes pour la survie de l’usine de Gandrange (2008) puis de celle de Florange (2012), avant de nourrir le mouvement des « gilets jaunes » à partir de 2018. De façon générale, ce qu’on peut appeler la « triple vie » ou les trois formes de l’habitus de la classe populaire d’Hagoncourt composent une figure collective contemporaine dans toute ses contradictions et ses convergences, face à la domination sociale : 1) Une morale agonistique ou « guerrière », traditionnellement considérée comme « masculine », qui valorise la force physique ou la rudesse des manières et du langage et qui peut aller jusqu’à un certain nihilisme ; 2) Une morale pacifique, traditionnellement considérée comme « féminine », qui privilégie la manière douce, une forme de timidité et qui peut tendre vers un certain conformisme social ; 3) Une morale politique ou civique, avec un penchant pour l’intérêt général et la recherche de sens, associée à la valorisation de la « culture », qui peut dériver aussi bien vers une sorte de « narcissisme social » que vers une disposition politique « révolutionnaire » résultant d’une « lutte des classes ».