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Soutenance de thèse de Déborah Perez

Devenir député en situation révolutionnaire. Expérimentations démocratiques et restaurations autoritaires en Tunisie (2011-2015)

Lundi 11 janvier 2021 à 14 h
Lieu
 : IEP d’Aix-en-Provence (pour l’instant c’est encore en présentiel pour le jury et il y aura un lien de Visio pour le public), salle EPS 003.
Jury :
Mme Catherine Achin,
Professeure des Universités, Université Paris-Dauphine, rapportrice
Mme Mounia Bennani-Chraïbi, Professeure ordinaire HDR, Université de Lausanne
Mme Myriam Catusse, Chargée de Recherche, CNRS (IREMAM)
M. Éric Gobe, Directeur de Recherche, CNRS (IREMAM), co-directeur
M. Imed Melliti, Professeur de sociologie, Université de Tunis el-Manar, rapporteur
M. Michel Offerlé, Professeur émérite, ENS-Ulm, co-directeur

Résumé de la thèse :
Cinq ans après le départ de Zine el-Abidine Ben Ali, la Tunisie s’est dotée d’une nouvelle constitution, et a connu sa première alternance pacifique. Cette réussite est saluée à l’international comme une « exception tunisienne », alors même que de nombreuses voix tunisiennes dénoncent un « hiver islamiste » ou encore un « retour de l’ancien régime ». Ces ressentis exacerbés illustrent les ambivalences, et la radicalité des émotions, des espoirs et des déceptions, propres aux changements de régime. Cette thèse contribue à la sociologie des changements de régimes en proposant une lecture de la trajectoire tunisienne qui fait la part belle aux tensions et aux conflits qui la structurent. Faire l’histoire d’un épisode central du changement de régime tunisien – l’expérience de renouvellement du personnel politique, de la rédaction d’une nouvelle Constitution, et d’une première alternance par les urnes –, permet de montrer comment, par une série de petits actes à bas bruit, les nouveaux acteurs élus en 2011, agissant pourtant dans un cadre neuf, peinent à construire leur légitimité et leur respectabilité. Leurs pratiques donnent à voir simultanément des expérimentations démocratiques mais aussi la réactualisation de manières de faire héritées de l’autoritarisme. Elles conduisent à identifier les germes, les possibles non-advenus, et les futurs possibles d’une restauration autoritaire.

En nous appuyant sur un ensemble d’observations et d’entretiens menés entre octobre 2012 et décembre 2016 à Tunis, à l’Assemblée Nationale Constituante pendant la rédaction de la Constitution, mais aussi en circonscriptions, avant, pendant et après les campagnes électorales de l’automne 2014, nous montrons ce que « devenir député » signifie en situation révolutionnaire. Nous proposons tout d’abord un essai de biographie collective du personnel politique tunisien élu en 2011. Les députés constituants disposent de ressources alternatives (fondées sur l’exil, la prison, l’expérience dans la société civile) à celles de l’élite politique ordinaire tunisienne et tentent de les convertir en capital politique pour s’approprier l’institution. Ensuite nous nous concentrons sur l’action des députés dans un espace constituant qui déborde du cadre strict de l’Assemblée : à partir de l’observation des travaux des élus et de leurs interactions avec la constellation d’acteurs nationaux et transnationaux impliqués dans le processus constitutionnel, nous proposons de revenir sur la fabrique d’une Constitution au concret et sur les ressources mobilisées par les élus pour prendre part aux prises de décision à l’ANC et en dehors. Enfin, nous envisageons, dans la troisième partie, les manières de rester en politique et le travail des élus non seulement dans l’hémicycle mais dans leurs localités : Comment les élus négocient-ils leur réélection et qu’est-ce que l’éligibilité dans un changement de régime ? Comment les constituants qui ne sont pas réélus se reclassent-ils et quels domaines investissent-ils ? Étudier les recompositions des ancrages locaux donne à voir les restructurations du clientélisme et la volatilité des alliances non seulement au sommet de l’État mais encore au plus près des citoyens.