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Soutenance de thèse, Flavio Eiro de Oliveira

Mardi 14 mars, 9h
Lieu
 : Ecole normale supérieure (ENS) - Campus Jourdan (salle R2-02), 48 boulevard Jourdan, 75014 Paris

La régulation familialiste de la pauvreté. Le cas du programme Bolsa família dans la région Nordeste du Brésil.
Jury
M. Serge Paugam (Directeur de thèse), EHESS
M. Marcel Bursztyn, (Directeur de thèse), Universidade de Brasília
M. Benoît de L’Estoile, CNRS
Mme Camille Goirand, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
M. Eric Sabourin, Universidade de Brasília
Résumé
Cette thèse a pour objet la régulation locale de la pauvreté autour du programme brésilien de transfert conditionnel de revenu « Bolsa Família » [Bourse famille] – PBF. Le PBF constitue un facteur clé pour le débat politique sur la pauvreté au Brésil. Il s’agit d’une ligne de division politique, bien qu’elle soit de moins en moins contestée par les candidats, quel que soit leur position sur l’échiquier politique. La mise en place d’une politique sociale telle que le PBF est un endroit privilégié pour observer de la régulation locale de la pauvreté. C’est à ce moment que seront constitués le système de normes, les représentations et les pratiques des acteurs impliquées – élus, assistantes sociales et bénéficiaires. Ce travail part de la prémisse que le système de normes d’interaction entre les acteurs n’est pas constitué au niveau institutionnel, et l’expliquer est donc son principal objectif. Ces trois acteurs – élus, assistantes sociales et bénéficiaires – ont des rapports constants, à la fois de façon directe et grâce à une intermédiation. Cela signifie que les élus – et dans ce cas notamment les maires – ont une relation directe avec les assistantes sociales, un lien qui garantit la stabilité de l’emploi des assistantes sociales. Le rapport entre assistantes sociales et bénéficiaires est quant à lui à la fois marqué par le contrôle et l’accès aux services publics. Dans le cas du PBF, les assistantes sociales sont vues par les bénéficiaires comme gardiennes des bénéfices, image associée à leur rôle essentiel dans la mise en place du programme et à laquelle elles s’identifient. Les élus ont aussi des rapports directs avec les bénéficiaires du PBF, de qui ils vont se rapprocher pour demander un soutien politique. Les bénéficiaires peuvent aussi s’adresser les élus (ou candidats) pour demander l’accès à un service public ou une aide matérielle. Cette relation passe parfois par l’intermédiation des assistantes sociales, qui intègrent le réseau politique du maire, ou sont obligées de participer de certaines activités. Les bénéficiaires s’adressent aussi aux assistantes sociales pour demander de l’aide au-delà les ressources disponibles dans l’assistance sociale, et elles peuvent mobiliser leurs contacts à la mairie pour obtenir des ressources supplémentaires – originaires de la mairie-même ou des ressources privées des élus.
L’hypothèse centrale de ce travail est que le PBF est devenu le point central de la régulation locale de la pauvreté dans le Nord-est brésilien. Malgré les transformations des dernières décennies, qui éloigne la vie des personnes en situation de pauvreté d’une forme quasi-féodale de domination, leur rapport avec l’État continue à être régulé par d’autres rapports personnels qui vont au-delà leurs droits sociaux et politiques. Dans le cas analysé, l’implémentation des politiques sociales – notamment le Programme Bolsa Família – est objet de deux mécanismes entrelacés de régulation locale de la pauvreté, et plus spécifiquement de régulation de la citoyenneté des personnes en situation de pauvreté : les pratiques de street-level bureaucracy et le clientélisme politique.
Il s’agit d’une contribution pour la discussion sur la régulation de la pauvreté et la construction de la citoyenneté chez les plus pauvres. La « citoyenneté » est le concept-horizon de ce travail, vu que la régulation locale de la pauvreté par les relations de guichet et le clientélisme a pour objet cet aspect spécifique de la vie des personnes en situation de pauvreté. La clé de lecture adoptée ici est de comprendre les deux mécanismes analysés en tant que régulation de l’accès aux droits sociaux et de l’exercice des droits politiques auxquelles seulement les personnes en situation de pauvreté sont soumises. D’autres politiques publiques ne font pas l’objet des telles pratiques, ou du moins avec une intensité moindre, soit parce qu’elles jouissent d’une base légale plus assurée – le PBF n’est pas un droit constitutionnel –, soit parce qu’elles ne représentent pas un besoin matériel assez important pour ses bénéficiaires. Dans ce cadre, l’assistance sociale est l’endroit privilégié pour l’étude de la régulation locale de la pauvreté. Les représentations de la pauvreté sont intégrées aux interactions quotidiennes des individus concernés, et s’ajoutent aux pratiques bureaucratiques en les adaptant.

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