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Maurice Halbwachs

(1877-1945)
Maurice Halbwachs est né en 1877 à Reims où son père, agrégé, enseignait l’allemand. Celui-ci avait opté pour la France après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand en 1871. Maurice Halbwachs entre à l’Ecole normale supérieure en 1898 où il retrouve son professeur de philosophie du Lycée Henri IV, Henri Bergson. Il obtient l’agrégation de philosophie en 1901. Son aîné et condisciple François Simiand l’entraîne vers Emile Durkheim auprès de qui il collabore à L’Année sociologique dès 1905. Pendant la Première guerre mondiale, il travaille au cabinet d’Albert Thomas au ministère de l’Armement. Actif dans les cercles socialistes, il écrit dans L’Humanité de Jean Jaurès et dans les Cahiers du socialisme.
Sa carrière universitaire se déroule ensuite, de 1919 à 1935 à l’Université de Strasbourg, lieu alors très dynamique où il fréquente le mathématicien Maurice Fréchet, les historiens Lucien Febvre et Marc Bloch et le psychologue Charles Blondel. En 1932, il est nommé membre correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques. A partir de 1934, il est l’animateur de la troisième série de la revue de Durkheim et lui donne le nom d’Annales sociologiques. En 1935, il est nommé à la Sorbonne. La même année il devient membre de l’Institut international de statistique. Il est élu au printemps 1944 au Collège de France, mais il n’aura pas le temps d’y enseigner : il est arrêté en juillet 1944, puis déporté à Buchenwald où il meurt en mars 1945.
En 1946, Mario Roques a esquissé dans un hommage ce portrait : « Il aimait la discussion philosophique ; il parlait d’une voix lente, appuyée, menant jusqu’au bout son raisonnement sans se laisser détourner des conclusions auxquelles il voulait aboutir. Mais plus encore, il était épris d’exactitude et d’étude précise ; d’une sincérité scrupuleuse, il s’informait longuement, sans passion, et, toujours, de son examen des faits il tirait des conclusions auxquelles il conformait son attitude morale et son activité scientifique. » (Cahiers français d’information, n°14, 18 mai 1945, p. 4).
La démarche de Maurice Halbwachs allie la méthode critique apprise auprès de Bergson et celle, sociologique, de Durkheim. Dans ses travaux, nombreux et diversifiés, s’exprime l’idée de la complexité des phénomènes sociaux qui doit être saisis dans la multiplicité de leurs dimensions temporelles et spatiales, dans les relations entre les substrats matériels et les représentations, dans les imbrications de ce qu’on apprécie aujourd’hui en termes d’échelles : individuelles, familiales, locales, nationales et globales. Halbwachs a compris, très tôt, la nécessité de rompre avec la théorie de l’homme moyen et de dépasser le cadre statistique élaboré par Adolphe Quetelet puis révisé par Durkheim. Il estime plus conforme à la réalité des faits sociaux de les saisir par le biais des écarts que leur régularité offre par rapport au hasard de toutes les choses. Dans le cas de la morphologie, ces régularités « réalisées dans des groupes et portées par le corps social – la combinatoire des interactions entre les hommes – se prêtent aux dénombrements ». Le calcul des probabilités fournit alors l’outil adéquat pour mesurer l’écart entre fait de hasard et fait social. Dans le cas de la mémoire, les régularités sont produites par le système des représentations partagées par l’individu et intimement ancrées en lui. Ce système trace un itinéraire qui se révèle comme personnel par la sélection qu’il opère parmi la complexité des influences subies. Psychologie collective et morphologie sociale deviennent ainsi pour Halbwachs deux variantes de l’objectivation des temps et des espaces sociaux.
Décembre 2007 – Centre Maurice Halbwachs.
Source :M. Halbwachs et al., Le point de vue du nombre, Paris, INED, 2005 (sous la dir. de M. Jaisson et É. Brian).

Ouvrages de Maurice Halbwachs

Leibniz, Paris, Delaplane 1906 ; Mellottée, 1928 ; 1950.
Les Expropriations et le prix des terrains à Paris (1860-1900), Paris, Rieder-Cornély, 1909 (thèse de droit).
La Classe ouvrière et les niveaux de vie. Recherches sur la hiérarchie des besoins dans les sociétés industrielles contemporaines, Paris, Alcan, 1912 (thèse principale de Lettres)
La Théorie de l’homme moyen. Essai sur Quetelet et la statistique morale, Paris, Alcan, 1912 (thèse complémentaire de Lettres).
Le Calcul des probabilités à la portée de tous, Paris, Dunod, 1924 (avec Maurice Fréchet).
Les Cadres sociaux de la mémoire, Paris, Alcan, 1925 ; PUF, 1952 ; Albin Michel, 1994.
La Population et les tracés de voies à Paris depuis cent ans, Paris, PUF, 1928 (rééd. augmentée de la première partie des Expropriations..., 1909).
Les Causes du suicide, Paris, Alcan, 1930 ; PUF, 2002.
L’Évolution des besoins dans les classes ouvrières, Paris, Alcan, 1933.
Le Point de vue du nombre, partie III du t. VII, L’Espèce humaine, de l’Encyclopédie française, Paris, 1936 (en collaboration) ; Paris, INED, 2005.
Morphologie sociale, Paris, Armand Colin, 1938 ; 1970.
Esquisse d’une psychologie des classes sociales (parus dans Analyse des mobiles qui orientent l’activité des individus dans la vie sociale, vol. I), Liège, Thone / Paris, Sirey, 1938 ; Paris, Rivière, 1955 et 1964.
Sociologie économique et démographie, n° 875 des Actualités scientifiques et industrielles, Section « Philosophie », Paris, Hermann, 1940.
La Topographie légendaire des Évangiles en Terre sainte. Étude de mémoire collective, Paris, PUF, 1941 ; 1971.
La Mémoire collective, Paris, PUF, 1949 (Année sociologique, 1940-1948) ; PUF, 1950 ; 1968 ; Albin Michel, 1997 (édition remaniée).
Classes sociales et morphologie, Paris, Minuit, 1972 (recueil d’articles et bibliographie complémentaire, par Victor Karady).