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Accueil > Activités scientifiques > Activités scientifiques antérieures > Soutenances de thèses 2013

Isabel Boni

“Le sexe de l’expert. Régimes de genre et dynamique des inégalités dans l’espace du conseil en management”

2 octobre 2013, 14h
Lieu  : EHESS, 105, Bd Raspail, salle 8.

Jury
Valérie Boussard, Professeure, Université de Paris Ouest Nanterre La Défense André Grelon, Directeur d’Etudes, EHESS (directeur de thèse)
Odile Henry, Professeure, Université de Paris 8 (rapporteure)
Nicky Le Feuvre, Professeure, Université de Lausanne (rapporteure)
Pascale Molinier, Professeure, Université de Paris 13
Marcelle Stroobants, Professeure, Université Libre de Bruxelles

Résumé
Au croisement de la sociologie économique et de la sociologie du genre, ce travail étudie un espace professionnel et marchand, au prisme de sa féminisation et y analyse les régimes de genre – systèmes dynamiques d’inégalités selon le sexe. Il met au jour l’articulation de plusieurs processus qui participent activement à produire le genre, en s’appuyant sur différents terrains ; une longue ethnographie d’une organisation patronale et de plusieurs cabinets de conseil, associée à une enquête quantitative auprès de 23 firmes et 1637 salarié-e-s, à des entretiens biographiques, ainsi qu’à un travail archivistique.
Les régimes de genre contemporains dans le conseil en management résultent tout d’abord d’un processus socio-historique où se combinent structuration des normes professionnelles selon un ethos viril et ouverture croissante à une main d’œuvre féminine. Emergeant avec les premiers ingénieurs conseils en organisation de l’entre-deux-guerres, la figure idéale typique de l’expert, féru de technique, contribue, jusqu’au début des années 1990, à une ségrégation des emplois, dans un contexte d’historique expansion du marché du conseil en management.
L’enquête permet ensuite de dégager, à l’échelle méso-sociologique, la division horizontale et verticale du travail et la structure contemporaine des inégalités, différenciée selon les firmes, qui se répartissent selon trois types idéaux de régimes de genre – contention, ségrégation ciblée ou banalisation. L’instabilité capitalistique régnant dans une partie de l’espace du conseil, associée à des formes de hold-up sur les profits des firmes, rend incertaines d’éventuelles avancées vers plus d’égalité.
Ce sont aussi les processus interactionnels, impliqués dans la production des biens singuliers que sont les conseils, qui produisent le genre. Le travail relationnel avec les clients, qui met en jeu des techniques du corps, expose les consultantes à des difficultés spécifiques. Plus que leurs confrères, les femmes doivent réaliser des opérations de passing, pour incarner l’expert légitime. Mobilisant des ressources liées notamment à leur socialisation primaire, les consultantes déploient des transactions identitaires variées dans le cours de leur carrière, pour s’accommoder, transgresser ou tenter de dépasser le genre. Les itinéraires moraux qu’elles accomplissent à partir de l’expérience de discriminations, les conduisent parfois à des formes d’engagement et d’action collective.