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ERIS

Equipe de recherche sur les inégalités sociales

Responsable : Serge Paugam, directeur de recherche au CNRS, directeur d’études à l’EHESS
L’ERIS envisage l’étude des inégalités dans plusieurs domaines traditionnels, sans viser pour autant l’exhaustivité. Son objectif est de concilier l’étude des inégalités à partir des classes sociales, ce qui était, dans les années 1960 et 1970, l’angle de prédilection des sociologues, aussi bien comme clé de lecture théorique de la société que comme objet d’étude transversal, et l’étude des inégalités à partir de nouvelles approches davantage développées à partir de la fin des années 1980, comme l’analyse des processus de disqualification sociale, les études sur le genre, les conflits entre générations et les discriminations ethniques. Nous tenons à pendre en compte deux dimensions d’analyse spécifiques : le processus de formation des inégalités et la prise en compte de la dimension subjective des expériences d’inégalités et de leurs représentations. L’équipe entend aussi continuer, non pas à juxtaposer, mais à articuler les méthodes quantitatives et qualitatives dans le processus de démonstration empirique.
Ce qui motive notamment les chercheur(e)s de l’équipe, c’est d’étudier les formes inégales de l’intégration sociale en partant des différents types de liens sociaux (lien de filiation, lien de participation élective, lien de participation organique et lien de citoyenneté). Il s’agit d’analyser en quoi le processus de socialisation qui permet aux individus d’être attachés à différents groupes et à la société dans son ensemble reste profondément inégalitaire et marqué à la fois par des enjeux de catégorisation et de hiérarchisation sociale et des effets de stigmatisation et de discrimination. Pour le démontrer, il ne suffit pas d’analyser les supports relationnels des individus comme une sociologie du capital social inviterait à le faire, mais de considérer le processus de socialisation dans sa dimension normative et de légitimation des inégalités. Cette perspective analytique est à la fois proche du paradigme durkheimien de l’intégration sociale et de l’analyse d’Halbwachs sur les classes sociales et les genres de vie, mais s’enracine également dans les travaux contemporains réalisés, dans le sillage de Max Weber, sur les formes de domination. L’équipe entend revisiter ces classiques et en discuter les fondements au regard des enquêtes empiriques qu’elle réalise.
L’équipe est par ailleurs impliquée dans plusieurs réseaux internationaux, à travers des programmes de recherche comparatifs, qui concernent non seulement les pays européens, mais aussi l’Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada), l’Amérique du Sud (Brésil, Argentine) et l’Inde.

Les axes de recherche sont les suivants :

  • Axe 1 : Inégalités territoriales, sociabilités et liens sociaux

Le territoire, et le lieu de résidence en particulier, s’imposent depuis quelques années comme un révélateur des nouvelles inégalités. L’évitement résidentiel – un des moteurs de la ségrégation urbaine – que l’on pensait comme une pratique observable uniquement aux abords des quartiers urbains les plus défavorisés apparaît comme généralisé dans une société marquée par la quête d’« entre-soi ». Face au risque de séparatisme social, les actions menées en France dans le cadre de la politique de la ville tentent de promouvoir la mixité sociale et de favoriser ce que d’aucuns appellent la « ville solidaire ». Cet objectif rencontre toutefois au moins deux types de résistances, le premier renvoyant à l’exacerbation des égoïsmes municipaux et au rejet des populations jugées indésirables vers d’autres communes, et le second au choix des ménages eux-mêmes de rechercher un entre soi correspondant à la représentation qu’ils se font de leur niveau social. Tout en s’inscrivant dans la problématique des inégalités spatiales, l’ERIS souhaite approfondir l’étude des obstacles à la « mixité sociale » en examinant, à partir d’une démarche comparative, comment se constituent les liens sociaux dans les quartiers urbains. L’hypothèse est que la constitution territoriale des liens sociaux est en elle-même un facteur d’inégalités sociales entre territoires. Dans cette logique, il s’agit aussi d’analyser, à partir de modèles multiniveaux, en quoi le quartier en tant qu’espace social inégalement doté de ressources économiques, sociales et symboliques est un facteur spécifique d’inégalités.
Une des grandes forces de l’équipe est qu’elle est à l’origine avec l’équipe de Pierre Chauvin de l’Inserm de la cohorte « Santé, Inégalités et Ruptures Sociales ». Cette cohorte concerne 3000 personnes représentatives de la population adulte de l’agglomération francilienne. Elle surreprésente les quartiers défavorisés, et a été interrogée en 2005, 2007 et 2010. Cette base continue à être exploitée par plusieurs membres de l’équipe autour de la question des inégalités entre quartiers urbains, et, plus généralement, sur les modes d’intégration à la ville. Parallèlement à cette exploitation statistique des enquêtes à caractère monographique sont réalisés dans plusieurs quartiers et l’équipe accorde d’autant plus importance à ce travail qu’elle entend articuler les méthodes quantitatives et qualitatives.
Parmi les grands programmes qui se rapportent à cet axe, une attention particulière mérite d’être accordée au projet ANR intitulé L’élite et les pauvres : Évolutions de l’entre-soi et représentations de la pauvreté dans les quartiers de catégories sociales supérieures de trois grandes métropoles : Paris, São Paulo et Delhi. Coordonné par Serge Paugam, il part du constat que le rapport à la pauvreté des catégories sociales supérieures a très rarement été étudié en tant que tel. La constitution de l’entre-soi urbain des catégories sociales supérieures a été étudiée au cours des vingt dernières années sous l’angle presque exclusif de l’agrégation affinitaire motivée par les seuls intérêts de la préservation et de l’accumulation des différents types de capitaux (ressources économiques, culturelles, sociales, symboliques). Nous faisons ici l’hypothèse que ce choix résidentiel des plus riches est également motivé par des représentations singulières de la pauvreté urbaine. Pour entreprendre cette recherche, nous avons opté pour une approche comparative, en choisissant des terrains situés dans des métropoles éloignées géographiquement, situées dans trois continents différents, mais aussi très contrastées tant du point de vue économique, social et politique, que de la tradition historique et culturelle. Ce faisant – tout en étudiant trois grandes villes où les catégories supérieures sont les groupes sociaux les plus ségrégés et ceux pour lesquels la propension à l’entre-soi résidentiel augmente le plus rapidement – le travail de recherche entend à la fois identifier des mécanismes socio-urbains communs, faire ressortir les spécificités et déclinaisons du cas parisien, et du coup permettre de mieux comprendre ses perspectives d’évolution.
Sont membres de cet axe : Pierre Chauvin, Mathilde Caro, Bruno Cousin, Camila Giorgetti, Clemencia González, Linda Haapajärvi Frédérique Kuziew, Jules Naudet, Isabelle Parizot, Serge Paugam, Benoit Roullin, Caroline Taïeb, Christine Tichit.

  • Axe 2 : Parcours de vie et inégalités

L’étude des inégalités ne peut faire l’impasse d’une approche temporelle à l’heure où l’âge et la génération tendent à s’imposer comme une de leurs dimensions structurantes. Cet axe de recherche se structure sur l’analyse des inégalités intra et intergénérationnelles et la possibilité de penser leur combinaison ainsi que les configurations qu’elles prennent au sein de l’espace international. L’équipe opte pour des approches raisonnées combinant le plus souvent une approche biographique des histoires de vie et une lecture générationnelle des événements de vie ou des rapports entre générations, selon quatre objectifs :

1) étudier les inégalités intra-générationnelles, leurs conditions d’émergence - en prenant en compte la vie familiale dans l’enfance, le développement scolaire, ainsi que les dimensions de l’intégration sociale dans la vie adulte - et les resituer dans des parcours sociaux et temporels différenciés pour mieux comprendre les différentes étapes de la genèse des inégalités ;
2) enrichir cette analyse longitudinale par la compréhension de la manière dont la structure des rapports entre générations et les conditions de leurs échanges conditionnent les inégalités sociales et leur reproduction ;
3) s’intéresser aux rapports familiaux et sociaux de générations, à leurs représentations croisées, et à la façon dont l’âge influe sur les perceptions de la justice et des inégalités sociales, en lien avec les arbitrages intergénérationnels privilégiés au sein des différentes configurations ;
4) participer à l’émergence d’un champ de recherche sur la question des inégalités d’âge et de génération, au service d’une réflexion sur les agencements des politiques publiques, des marchés du travail et des normes culturelles.
Une attention particulière est également accordée aux rituels qui accompagnent et rythment ces parcours de vie. Florence Maillochon réalise par exemple une recherche sur les cérémonies de mariage et compare les formes sociales de celles-ci en dégageant les inégalités qui les caractérisent.
Ces fronts de recherche se déclinent dans plusieurs projets majeurs, tels que :
« EPIC : Enquête sur les parcours individuels et conjugaux » : cette enquête, effectuée par l’Ined, vise à mettre en place une nouvelle étude statistique, nationale et représentative qui rende compte des transformations récentes de la conjugalité en France (et notamment la prise en considération de la diversité des unions et de l’accroissement de leurs ruptures). En actualisant les précédents travaux réalisés en 1959 puis en 1984, elle offre une lecture historique et générationnelle des transformations du couple dans les différents milieux sociaux.
« Des luttes et des liens : les générations face à la crise » : ce projet, porté par Cécile Van de Velde, propose d’étudier la façon dont la crise économique aiguise et reformule les inégalités sociales et les solidarités familiales entre générations, au sein de différents modèles sociaux occidentaux. Il s’appuie sur une analyse ethnographique comparée des mobilisations sociales initiées par les jeunes générations depuis la crise, ainsi que sur une enquête qualitative et statistique - à l’aide des données de l’European Social Survey et du panel européen Statistics on Income & Living Conditions - portant sur l’évolution récente des rapports sociaux et familiaux entre générations au sein des sociétés européennes.
Sont membres de cet axe : Marion Arnaud, Nicolas Deffontaines, Andreas Falkenberg, Jean-Marie Firdion, Younga Kim, Marie Loison-Leruste, Florence Maillochon, Pauline Mesnard, Virginie Muniglia, Marie Plessz, Christine Tichit, Abdia Touahria-Gaillard, Valentine Trépied, Anne Unterreiner, Cécile Van de Velde.

  • Axe 3 : Inégalités de l’intégration professionnelle

La question des inégalités sociales face au travail et à l’emploi s’est profondément renouvelée depuis une trentaine d’années. Elle s’est élargie avec le développement de nouvelles formes de précarité professionnelle : d’une part les formes de précarité de l’emploi qui tiennent aux pratiques de gestion flexible de l’emploi, au chômage de masse et aux transformations de la protection sociale ; et d’autre part les formes de précarité du travail qui se manifestent par de nouvelles pénibilités dans les conditions de travail et de nouveaux risques pour la santé au travail (TMS, risques psychosociaux,…) et qui résultent de la diffusion des nouvelles formes d’organisation du travail et de l’intensification du travail. Les recherches développées dans le cadre de l’axe « Inégalités de l’intégration professionnelle » visent à approfondir l’étude des inégalités sociales face au travail et à l’emploi en s’appuyant sur des enquêtes de terrain et des analyses statistiques secondaires.
La prise en compte de ces deux dimensions de la précarité professionnelle conduit à mettre en évidence des formes contrastées d’intégration professionnelle. Les recherches développées dans le cadre de cet axe ont pour objectifs :

1) approfondir la connaissance des formes de précarité du travail et de l’emploi et des formes d’intégration professionnelle, en combinant études de groupes professionnels ou de secteurs spécifiques et études comparatives menées à échelle nationale ou internationale ;
2) comprendre les facteurs structurants et les processus à l’œuvre dans la constitution des inégalités sociales face au travail et à l’emploi, liés notamment aux modes de gestion de l’emploi et des ressources humaines, aux pratiques de sous-traitance, aux restructurations d’entreprises, aux remodelages entre secteurs public, privé et associatif, à la diffusion des nouvelles formes d’organisation et aux dynamiques d’intensification du travail ;
3) analyser les différenciations sociales qu’opèrent ces nouvelles formes d’inégalités face au travail et à l’emploi, à travers des clivages sociaux et professionnels, mais aussi selon le genre, les générations ou les discriminations ethniques des salariés, le statut de leur employeur, la dynamique et la stabilité ou non des activités ;
4) étudier les modes de régulation de ces inégalités, notamment par des comparaisons internationales des situations qui prévalent en matière de régulation des marchés du travail et de protection sociale ;
5) développer une analyse dynamique des formes de précarisation du travail et de l’emploi et des formes d’intégration professionnelle par des approches en termes de trajectoires professionnelles.
Sont membres de cet axe  : Sébastien Bauvet, Damien Cartron, Yoann Boget, Younga Kim, Natalia Briceño Lagos, Patricia Loncle, Florencia Luci, Serge Paugam, Manuella Roupnel, François-Xavier Schweyer.

  • Axe 4 : Inégalités sociales de santé

L’axe « Inégalités sociales de santé » a pour objet principal l’analyse des processus par lesquels les inégalités de santé et de recours aux soins se constituent. Trois dimensions sont privilégiées : la situation socio-économique des personnes et leurs liens sociaux, les caractéristiques de leurs territoires de résidence, l’offre de soins qui s’y développe. Le territoire est en effet appréhendé comme lieu où se construisent des relations plus ou moins péjoratives pour la santé, et comme lieu de diffusion de normes liées à la santé et au recours au système sanitaire. Trois chantiers principaux structurent cet axe : une cohorte de personnes résidant dans l’agglomération parisienne (projet SIRS), un projet sur l’offre de soins en milieu rural (projet RegMedProv) avec notamment une perspective comparatiste, une analyse des logiques de l’inégalité concernant les personnes en situation de dépendance alcoolique.
Le projet SIRS porté notamment par Isabelle Parizot concerne des quartiers urbains. Le projet est d’analyser, pour ce qui est de la santé et du recours aux soins, la manière dont se constituent les disparités qui existent selon l’insertion sociale des individus et aussi entre différents types de quartiers. Ces deux variables étant liées car les caractéristiques du quartier de résidence n’ont pas la même importance pour toutes les personnes, selon notamment leur mode d’intégration dans le quartier.
Le deuxième chantier auquel contribue François-Xavier Schweyer porte sur l’accès aux soins dans les territoires défavorisés, en particulier en milieu rural. Il s’inscrit dans un projet franco-allemand ANR-DFG (RegMedProv 2015-2017) centré sur une comparaison internationale des politiques de régulation des soins à partir des cas de l’Allemagne, de la France, de l’Angleterre et de la Suède. Il s’agit d’une part, de comprendre les modalités de construction du problème de l’insuffisance de l’offre locale de soins médicaux et de formulation des politiques publiques visant à y répondre, d’autre part, d’étudier la transformation des politiques de santé par les changements observés et enfin de se demander si la formulation des politiques régionales de soins ambulatoires transforme ou non les formes institutionnelles de régulation.
Le troisième chantier développé par Jean-Vincent Pfirsch porte sur la question de la dépendance alcoolique, des identités et de l’accès aux soins. Les logiques de l’inégalité sont analysées en quatre temps complémentaires : l’étude des expériences de la cure de sevrage alcoolique et des parcours associés ; celle de la consultation et du suivi alcoologiques des exclus ; l’observation ethnographique de groupes de buveurs sans domicile fixe ; l’analyse des liens entre alcoolisation, trajectoires sociales et inégalités à partir de l’exploitation d’enquêtes déjà disponibles (SIRS, SAMENTA etc.). Une approche en termes de comparaisons internationales sera envisagée.
Sont membres de cet axe : Isabelle Parizot, Serge Paugam, Jean-Vincent Pfirsch Marie Plessz, François-Xavier Schweyer, Christine Tichit, Valentine Trépied.

  • Axe 5 : Discriminations et stigmatisations

La stigmatisation touche l’identité sociale d’un individu par un déclassement effectué par d’autres agents sociaux jugeant que les caractéristiques de son identité personnelle viennent perturber leur attente à son égard. La discrimination semble une traduction systématique et pratique, en actes plus ou moins légitimes, plus ou moins institués, du processus de stigmatisation. Afin de les corriger, les autorités nationales ou locales peuvent promulguer des mesures de discrimination « positive » de façon à réparer les effets des actions précédentes. Les agents sociaux mettent également en œuvre des stratégies de distinction sociale afin de légitimer leurs différences avec les populations qu’elles stigmatisent. La stigmatisation et la discrimination sont parfois en lien avec les comportements déviants. Chez les populations stigmatisées, elles peuvent aussi entraîner un repli sur soi, mais elles donnent lieu également à des stratégies de « retournement du stigmate ». Les membres de l’ERIS étudient particulièrement la construction de ces catégories et classements, les processus conduisant à la stigmatisation et aux discriminations ainsi que leurs conséquences, les phénomènes d’intériorisation de la pensée du dominant chez le dominé, les concepts utilisables pour penser ces phénomènes (préjudice, réparation, résilience), et une réflexion sur leur pathologisation.
L’ERIS s’attache à analyser les différents niveaux et étapes de construction du stigmate et des discriminations, ainsi que leurs effets. Signalons par exemple une exploitation de la nouvelle édition de l’enquête Baromètre Santé (réalisé par l’INPES) sur la question des comportements suicidaires des minorités sexuelles en lien avec l’homophobie. Mais plusieurs autres grands projets méritent également d’être indiqués.
Tout d’abord une recherche de grande envergure menée par Houda Asal et de Marwan Mohammed sur l’islamophobie. Dans l’espace public français, la « question musulmane » est au cœur de controverses multiples et répétées remettant en cause la légitimité de la présence des (présumés) musulmans sur le territoire national, qu’ils soient étrangers ou citoyens. Au moins depuis la fin de la guerre d’Algérie, l’hostilité, revendiquée ou implicite, à l’encontre des musulmans s’est traduite par une telle inflation de discours de disqualification et de pratiques discriminatoires que certains chercheurs parlent de racisme respectable ou d’islamophobie. Si les pratiques religieuses des musulmans de France sont relativement bien connues des sciences sociales françaises, l’islamophobie n’a pas encore fait l’objet d’enquêtes historiques et sociologiques de grande ampleur. La situation française contraste avec celle du monde universitaire anglophone, où s’accumulent les travaux pluri-disciplinaires sur le concept d’islamophobie désignant, selon certains chercheurs, « les attitudes et les émotions négatives et indiscriminées dirigées contre l’islam ou les musulmans ». L’objectif de ce projet est de faire un bilan critique des recherches existantes et d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche. Après avoir interrogé la valeur heuristique du concept d’islamophobie, plusieurs enquêtes visent à analyser le processus de construction du « problème musulman » dans la France contemporaine, en le comparant notamment avec les précédents historiques de l’histoire coloniale.
Une catégorie particulièrement stigmatisée dans l’espace public fait l’objet d’analyses approfondies : les sans domicile. Plusieurs membres de l’ERIS participent au comité d’exploitation de l’enquête Sans Domicile 2012 qui vient prolonger celle conduite par l’INSEE en 2001. En collaboration avec les chercheurs de l’INED et de l’INSEE, ils s’intéressent particulièrement à certaines thématiques de cette enquête comme par exemple aux sources de revenus et aux activités de mendicité de cette population, aux difficultés rencontrées pendant l’enfance ou bien encore aux demandes de logements sociaux ou d’hébergements formulées dans le cadre de la loi DALO.
Pascale Dietrich-Ragon étudie les demandeurs de logements sociaux en Ile-de-France. Afin d’analyser les parcours conduisant à se tourner vers le parc social, une grande attention est accordée au fonctionnement du marché immobilier privé et aux discriminations effectuées par les propriétaires bailleurs. En participant à la démoralisation des candidats et à leur sentiment d’injustice, ces comportements contribuent à l’allongement de la file d’attente des demandeurs de logements sociaux.
Enfin, en partenariat avec l’université du Kansai à Osaka, un travail de recherche mené par Caroline Taïeb est également mené sur la discrimination au Japon et en particulier sur une minorité japonaise discriminée : les burakumin. Discriminés sur la base d’aucun fondement apparent, les burakumin sont les descendants de l’ancien système de caste mis en place durant l’époque d’Edo (1600-1868). Leur mise à l’écart physique et spatiale était autrefois liée à l’exercice de certains métiers considérés comme “souillés”. Malgré l’abolition de leur statut discriminatoire, ils restent victimes de préjugés dans la société japonaise contemporaine. Cette recherche porte sur les expériences vécues “des femmes burakumin” résidant au sein d’un buraku (littéralement “hameau”) et croise la question des inégalités de genre et celle de la discrimination sociale.
Sont membres de l’axe : Houda Asal, Marie-Paule Couto, Pascale Dietrich-Ragon, Jean-Marie Firdion, Myriam Hachimi Alaoui, Claudia Jordana, Marie Loison-Leruste, Marwan Mohammed, Rébecca Ndour Faye, Benoît Roullin, Caroline Taïeb.

  • Axe 6 : Citoyenneté, engagements et inégalités d’accès au droit

Le lien de citoyenneté, souvent considéré comme l’appartenance à une « communauté imaginée », intéresse les chercheurs de l’ERIS dans la dimension pragmatique de ses différentes expressions. Ces derniers analysent la reconnaissance de droits par l’État à ses citoyens, sans oublier le rapport aux non-citoyens, les possibilités et les formes de l’engagement des populations en situation de précarité, les relations entre les publics bénéficiaires et les institutions. Dans la période récente, des recherches ont été menées sur des populations aussi diverses que les personnes dépendantes des minimas sociaux, les occupants de logements dégradés en attente d’une réhabilitation ou d’un relogement, ou encore les étrangers demandeurs d’asile. Ces analyses ont mis en exergue le thème des inégalités dans l’accès au droit, lequel fait toujours l’objet d’une grande attention de la part des membres de l’équipe. A travers des recherches qualitatives, quantitatives et comparatives, ils analysent le rapport spécifique des populations vulnérables aux institutions et, réciproquement, l’influence du processus de catégorisation opéré par les institutions. Ils s’attachent à mettre en évidence le hiatus entre les valeurs d’égalité attachées à la notion de citoyenneté et la réalité des inégalités vécues dans l’espace public, politique et institutionnel. Bien que démunies concrètement et symboliquement, les personnes socialement disqualifiées ne sont pas exemptes de capacité d’action dans leur rapport à la société : elles peuvent s’opposer, s’engager dans des associations militantes, prendre la parole, en un mot lutter pour leur reconnaissance sociale et la reconnaissance de leurs droits.
Ces questions sont abordées notamment au travers de plusieurs projets. Les deux premiers sont portés par Myriam Hachimi Alaoui, l’un concerne la question de la contractualisation de l’intégration à travers l’analyse du Contrat d’Accueil et d’Intégration destiné aux étrangers désirant s’installer durablement en France, l’autre interroge les enjeux relatifs à la nationalité française à Mayotte. Le troisième porte sur les demandeurs de logements sociaux qui, dans un contexte de pénurie, tentent de faire valoir leur droit au logement. Le quatrième troisième analyse les politiques d’aide sociale à l’enfance. Un cinquième porte sur le processus d’intégration des femmes immigrées de quartiers populaires à partir d’une comparaison entre Paris et Helsinski. Enfin, un dernier projet s’intéresse à la participation électorale de populations parfois tenues en marge de l’exercice de ce droit fondamental, par exemple quand elles sont sans domicile.
Sont membres de l’axe : Murielle Bègue, Elsa Carvalho, Pascale Dietrich-Ragon, Lauriane Dos Santos, Flavio Eiro, Linda Haapajärvi, Myriam Hachimi Alaoui, Rim Otmani, Isabelle Parizot, Aurélie Picot, Abdia Touahria-Gaillard, Fathia Zeghoudi.